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Le bailleur peut-il refuser le transfert du bail ?

Le transfert exige son consentement écrit, mais il ne peut refuser que pour de justes motifs. Ce que dit l’art. 263 CO, et pourquoi en parler avant la vente.

Mis à jour le 19.09.2026

Le bailleur peut-il refuser le transfert de mon bail commercial ?

Le transfert d’un bail commercial exige le consentement écrit du bailleur : c’est une condition de validité, sans laquelle le transfert n’a pas lieu. Mais le bailleur ne dispose pas d’une liberté d’appréciation générale : il ne peut refuser que pour de justes motifs (art. 263 CO).

La nuance est décisive. Beaucoup de cédants croient que la régie décide comme elle l’entend, et négocient sous cette contrainte imaginaire. Ce n’est pas l’état du droit.

Ces règles sont absolument impératives. Une clause de votre bail qui durcirait les conditions de transfert au-delà de ce que prévoit l’article — par exemple en exigeant que le repreneur exerce personnellement le même métier — est nulle. La seule dérogation admise concerne la solidarité, dont nous parlons plus bas.

Si le bailleur consent, le repreneur est subrogé au locataire : il reprend le bail aux mêmes conditions — loyer, durée, affectation. Ce n’est pas un nouveau contrat, et ce n’est donc pas l’occasion d’une renégociation du loyer.

Qu’est-ce qu’un « juste motif » de refus ?

Un motif objectif tenant au repreneur ou à l’usage des locaux, non une préférence. La jurisprudence et la doctrine en admettent plusieurs, sans que la liste soit exhaustive.

Sont admis comme justes motifs :

  • l’insolvabilité ou la solvabilité insuffisante du repreneur ;
  • l’absence des autorisations administratives nécessaires à l’exploitation, licence ou patente selon l’activité ;
  • un changement d’affectation des locaux ;
  • la moralité douteuse ou la mauvaise réputation du repreneur ;
  • le versement d’un pas-de-porte, c’est-à-dire le paiement du seul droit de reprendre les locaux, en principe interdit.

Ne sont pas de justes motifs : l’absence de formation du repreneur dans la branche lorsqu’il présente par ailleurs les garanties nécessaires, ni une clause du bail exigeant l’exercice personnel du même métier.

Cette liste n’épuise pas les situations possibles. Un refus motivé autrement se discute, et c’est précisément pourquoi un dossier solide sur le repreneur — extraits du registre du commerce et des poursuites, situation financière — désamorce la plupart des objections avant qu’elles ne soient formulées.

Que risque un locataire qui transfère sans accord ?

Le consentement écrit étant une condition du transfert, il n’y a tout simplement pas de transfert sans lui. Si le bailleur ne répond pas, son silence équivaut à un refus.

Le locataire saisit alors l’autorité de conciliation en matière de baux. Nous ne promettons aucun délai : la durée dépend du canton et de l’encombrement de l’autorité.

Concrètement, cela signifie qu’un accord entre vendeur et acheteur, si complet soit-il, ne suffit pas. La remise suppose trois éléments : un bail valable, une convention entre cédant et repreneur, et le consentement écrit du bailleur. Il manque un seul des trois, il n’y a pas d’opération.

Le cédant reste-t-il responsable après le transfert ?

Oui, dans une certaine mesure. Après le transfert, l’ancien locataire répond solidairement avec le repreneur des obligations du bail jusqu’au terme du contrat, mais au maximum deux ans après le transfert.

La conséquence pratique mérite d’être dite sans détour : si le repreneur cesse de payer son loyer dans les deux ans qui suivent, la régie peut se retourner contre vous.

C’est une raison de plus de s’intéresser à la solidité du repreneur, même une fois le prix encaissé. Les parties peuvent convenir de renoncer à cette solidarité — c’est la seule dérogation admise à ces règles impératives — et cette renonciation se négocie avec le bailleur, pas avec l’acheteur.

Quand faut-il parler à sa régie ?

La discussion se prépare avant la mise en vente, mais le moment d’approcher le bailleur se décide au cas par cas. La durée restante du bail, ses options, ses clauses et la confidentialité recherchée comptent autant que la position déjà exprimée sur un transfert.

Le paiement régulier des loyers ne garantit ni le renouvellement du bail ni le maintien de ses conditions. Une échéance proche, l’absence d’option ou l’incertitude sur un futur transfert peuvent toutes peser sur la valeur. Un fonds de commerce réunit des éléments matériels (installations, équipement) et immatériels (clientèle, enseigne, savoir-faire). Sans possibilité suffisamment sécurisée d’occuper le local, la part de clientèle liée à l’emplacement — souvent importante en restauration — peut se déprécier fortement.

Pour un repreneur, la durée du bail et le degré de certitude sur le transfert se lisent ensemble. Un accord de principe documenté peut réduire l’incertitude, mais il ne remplace pas le consentement écrit exigé pour le transfert effectif. Notre calculateur tient compte des éléments déclarés ; il ne prédit ni un renouvellement ni une décision future du bailleur.

Relire le bail et préparer la discussion avec le bailleur avant la mise en vente permet donc de réduire une incertitude importante. Le moment et le contenu de la prise de contact doivent toutefois être adaptés au contrat, à la confidentialité recherchée et au dossier du repreneur ; un avis juridique peut être utile.

Une réserve nécessaire

Ce guide décrit l’état du droit en termes généraux. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas l’examen de votre bail, qui peut comporter des clauses particulières. Pour une situation concrète, consultez un professionnel.

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